1.2 Un peu d’histoire
Pendant que le constructeur informatique Sun déclarait au cours des années 1990 : « Le réseau est
l’ordinateur », l’éditeur Microsoft maintenait son cap : « Un ordinateur personnel sous Windows sur
chaque bureau. » Le désir de Microsoft a été satisfait : il y a quasiment neuf PC sur dix sous Windows.
L’ordinateur auquel Microsoft faisait référence hébergeait un mélange de données binaires (programmes)
et de données utilisateurs (informations). Les programmes devaient être achetés et installés par
les clients, afi n de permettre d’accéder aux données utilisateurs. La suite Microsoft Offi ce a à cette
époque envahi quasiment tous les bureaux du monde.
L’ordinateur auquel Sun faisait référence était un terminal non autonome : un équipement bon
marché réunissant un clavier, un écran, une souris et un accès réseau. Les programmes et les données
étaient stockés non pas sur cette machine, mais quelque part sur le réseau.
La philosophie de Microsoft était plutôt orientée vers l’individuel alors que celle de Sun l’était vers
le collectif.
Les motivations de part et d’autre étaient non pas philanthropiques, mais commerciales. Microsoft
gagnait de l’argent en vendant des logiciels pour PC aux particuliers et aux PME, Sun vendait aux
grandes et moyennes entreprises des serveurs et calculateurs avec les logiciels appropriés.
Au milieu des années 1990 se produisit l’irruption (on pourrait presque parler d’éruption) du réseau
Internet pourtant déjà utilisé depuis les années 1960 par les chercheurs et les militaires, notamment
grâce au standard HTML (HyperText Markup Language, le langage de codage des formats
dans les pages Web), à la multiplication des serveurs Web et à la création des logiciels navigateurs
(clients Web).
Internet n’est rien d’autre qu’un ensemble de règles du jeu et de conventions auxquelles se plient
tous les équipements qui s’y connectent. L’ensemble est si bien conçu qu’il n’a fallu que quelques
années pour constituer un réseau planétaire.
L’individu n’est plus accessible s’il ne dispose pas d’une adresse de messagerie. Une entreprise sans
site Web semble dépassée, et certains clients ignorent même son existence. Le monde entier s’est rué
sur le nouveau réseau, pour faire partie de l’aventure. Des fi lms tels que Matrix sont devenus des hits
et le cauchemar du livre 1984 de George Orwell ne s’est apparemment pas réalisé.
Ceux qui avaient l’habitude d’acheter leurs programmes ont acheté des éditeurs HTML et ont construit
leurs pages Internet. Les autres ont rédigé leurs pages HTML sans outil particulier sauf l’éditeur de
texte que possède toute machine. Les agences de création Web fi rent leur apparition pour faire le
travail à la place de leurs clients.
Les deux camps souffraient du même problème : les pages HTML étaient statiques. Modifi er une page
supposait de charger la page localement dans son éditeur de texte, de la tester puis de la retransférer
sur le serveur pour la mettre à jour.
C’était non seulement inconfortable, mais des sites complexes tels que eBay ou Amazon n’auraient
pas pu voir le jour.
Dans chaque groupe furent trouvées des solutions plus ou moins satisfaisantes.
Dans le camp des individuels apparurent des programmes performants pour créer et modifi er ses
pages HTML, puis les faire renvoyer automatiquement sur le serveur. Ces pages contenaient des
éléments interactifs (compteur de visites, liens publicitaires, etc.).
Le camp des collectifs s’appropria les applets Java qui rendaient possible l’écriture d’un programme
fonctionnant sur le serveur tout en étant piloté depuis un navigateur. Cette technique a permis
l’appa rition des premiers sites de commerce électronique (ventes aux enchères, réservation de billets
d’avion).
Chaque groupe tenta de conquérir des parts de marché. Il en a résulté un marché assez stable pour
chacun, le tout animé par une incessante guerre de chapelles pour savoir quel était le meilleur système
d’exploitation (Windows ? Linux ? Mac OS X ?), ce qui poussait les éditeurs à accélérer la fréquence
de parution des nouvelles versions. Les clients s’y habituèrent en se disant que les choses n’étaient
décidément pas simples.
Mais dans un tel contexte, il existe toujours une troisième voie. Dans notre cas, l’autre approche a
pris forme dans les langages de script Open Source tels que PHP. L’auteur de PHP, Rasmus Lerdorf,
cherchait à enrichir sa page personnelle avec des éléments interactifs, et ses efforts ont donné naissance
au langage PHP. Dès le départ, ce langage était optimisé pour fonctionner en parfaite harmonie
avec la base de données relationnelle libre MySQL (régie comme PHP par la licence GNU/GPL).
Par bonheur sont apparus à la même époque le système d’exploitation libre Linux et le serveur Web
Apache. Toute l’infrastructure logicielle d’un serveur était ainsi disponible. Le poste client utilisait un
navigateur (le pionnier étant Netscape). L’acronyme LAMP (Linux, Apache, MySQL, PHP) devint
le synonyme de la présence interactive sur Internet associée à la puissance d’une base de données.
Une véritable frénésie de création vit apparaître les logiciels les plus divers pour créer des sites Web
depuis un navigateur : forums de discussion, communautés, cyberboutiques, pages de sondage, etc.
Après la partie technique incarnée par Linux et Apache pouvait enfi n surgir la partie utilisateur.
À la fi n des années 1990, la bulle spéculative Internet éclata. Soudain, on se remit à penser en termes
de commerce classique et à revenir aux bonnes vieilles méthodes.
En période de restriction économique, il en va toujours ainsi : la chasse aux économies est ouverte.
Il y avait, et il y a toujours, quantité de solutions !
Les applications PHP en activité à cette époque se comptaient par millions. Citons par exemple les
deux outils phpBB et phpMyAdmin. Le premier est devenu le standard de fait pour créer des forums
Internet ; le second est l’interface standard pour exploiter une base de données MySQL via une
interface Web.
Et le code source du langage PHP comme celui des outils environnants étant librement disponible,
il s’améliorait de plus en plus vite, grâce aux contributions de la foule d’utilisateurs et de programmeurs
qui s’en souciaient. Plus un point fonctionnel était conçu de façon ouverte, communautaire,
plus il avait de succès.
Un expert pouvait à lui seul faire économiser des sommes énormes à une entreprise en très peu de
temps.
Les pages HTML statiques étaient reléguées au panthéon de l’histoire. Tout devait dorénavant être
dynamique ! Voilà où nous en sommes maintenant depuis plusieurs années. Linux, Apache, MySQL
et PHP sont devenus des standards reconnus faisant l’objet de cursus de formation offi ciels. La
recherche d’applications PHP utilisables en milieu professionnel a alors commencé.
Voici les critères pris en compte dans une telle recherche :
- installation simple ;
- facilité de maintenance du code source ;
- sécurité du code source ;
- ergonomie (facilité d’emploi pour l’utilisateur) ;
- facilité d’extension ;
- facilité de prise en mains pour les nouveaux programmeurs ;
- interfaces de programmation standardisées ;
- coût acceptable ;
- indépendance des fournisseurs.
- L'énorme avantage des applications basées sur PHP est l’indépendance du matériel et du système
d’exploitation. L’environnement LAMP existe aussi pour Windows (WAMP) et pour Mac OS
(MAMP). Le nom générique est XAMPP. - Et c'est alors qu'est arrivé le fameux Joomla! qui nous intéresse ici.
1.2.1 Joomla! – d’où vient-il ?
Une société australienne nommée Miro avait conçu en 2001 un système de gestion de contenus
qu’elle avait baptisé Mambo. Elle avait décidé de diffuser ce logiciel dans les conditions Open
Source, pour que le plus grand nombre l’adopte et aide à le tester. En 2002, la société décida de
scinder Mambo en deux variantes : une commerciale et une Open Source. La variante payante a été
rebaptisée Mambo CMS ; l’autre a été rebaptisée Mambo Open Source (abrégée en MOS). À la fi n
de 2004, tous les participants au projet estimèrent d’un commun accord que MOS pouvait dorénavant
s’appeler Mambo tout court et décidèrent qu’il fallait coopérer pour assurer l’évolution de ce
CMS qui était alors celui qui progressait le plus.
Les avantages de la variante payante pour les entreprises (Mambo CMS) étaient une plus grande
sécurité ainsi que la disponibilité de la société Miro comme interlocuteur et fournisseur d’extensions
et de prestations spécifiques
La variante Open Source (Mambo) a comme avantages sa gratuité et le libre accès au code source.
De cette manière, on était sûr qu’un nombre important d’utilisateurs et de développeurs participait à
l’évolution du logiciel. Cela n’empêchait nullement une entreprise d’opter pour la variante Mambo
comme point de départ puis à partir d’elle de concevoir une solution spécifi que.
Au cours de l’année 2005, toutes les parties concernées ont réfl échi à l’opportunité de créer une
fondation afi n de garantir la pérennité et l’évolution de Mambo (la variante Open Source).
Durant l’automne 2005, tout a alors démarré : la page Web offi cielle de Mambo annonçait la naissance
de la fondation Mambo. Passé les premières heures d’enthousiasme, il apparut assez vite
évident que cette fondation avait été créée par la société Miro en Australie sans la participation effective
de l’équipe de développement au titre de membres fondateurs. Il s’ensuivit des discussions
enfl ammées sur les forums de la communauté. L’équipe de développement s’enferma quelques longs
jours dans un mutisme complet.
Peu de temps après, les développeurs se manifestèrent enfi n par une prise de position sur le site
opensourcematters.org pour annoncer qu’ils allaient prendre un conseil impartial auprès du centre
Software Freedom Law Center et qu’ils prévoyaient toujours de poursuivre le développement de
Mambo. Déjà à cette époque avait été émise l’idée de refondre le code source dans une version
améliorée de Mambo.
Comme dans un ménage en déroute, l’animosité ne fi t que croître de plus en plus vite entre la donation
Mambo pilotée par Miro (qui venait de perdre son indispensable équipe de développeurs), cette
équipe de développeurs, qui avait décidé de partir créer une nouvelle branche du logiciel et devait
bien sûr lui trouver un nouveau nom, et une communauté mondiale composée de centaines de
milliers d’utilisateurs fort énervés qui s’invectivaient en mots peu tendres dans les blogs, les forums
et les pages respectives des deux projets.
Les deux projets se sont poursuivis en parallèle. La nouvelle lignée Open Source a adopté le nom
Joomla!.
L’équipe de Joomla! a pris soin d’instituer des règles démocratiques. Lorsqu’il a été question de
choisir le logo du projet, un concours a été lancé parmi la communauté naissante. En quelques jours,
plus de 8 000 utilisateurs s’étaient inscrits sur le forum. Les projets et les résultats sont toujours
disponibles sur le site offi ciel.
Pendant ce temps, la fondation Mambo a rapidement mis en place une nouvelle équipe de développeurs.
Le 17 septembre 2005 a été lancée la version 1.0 de Joomla!.
Au niveau des développeurs tiers, c’est-à-dire des groupes de programmeurs qui créaient des composants
complémentaires pour Mambo, plusieurs projets importants ont vite basculé vers Joomla!, et
notamment Simpleboard (qui s’appelle maintenant FireBoard), DOCman et d’autres. Cela n’a fait
que renforcer la légitimité de la nouvelle lignée. Les trois lettres mos qui servaient de préfi xe dans de
nombreux noms de variables et d’identifi ants dans le code source de Mambo ont été vite remplacées
par jos.
Vous trouverez sur Internet une description détaillée du déroulement de ces opérations, mais en
langue anglaise.
Deux ans après sa fondation, Joomla! est l’un des projets Open Source les plus réputés du monde.
Au cours de ces deux années, la mise sur pied d’une nouvelle organisation a entraîné bien des débats
animés et bien des incompréhensions dues aux différences culturelles.
Pendant ce temps, le Web 2.0 apparaissait. Le contenu généré par les utilisateurs ne cessait de croître.
Le monde entier a découvert l’univers virtuel de Second Life. Le langage de programmation
Ruby et sa déclinaison Ruby on Rails ont été de plus en plus adoptés pour créer des sites Web. Les
interfaces de programmation ont pris une importance particulière.
Dans un domaine à l’évolution si rapide, la version 1.0.x de Joomla! a commencé à paraître un peu
dépassée. À cette époque il n’était pas question d’en abandonner le développement. Mais les utilisateurs
commençaient à lorgner d’un oeil triste les nouvelles capacités de systèmes comme Plone,
TYPO3, Drupal et plusieurs autres. Tous ces projets n’avaient pas à gérer l’héritage de Mambo et
pouvaient prendre en compte les nouvelles techniques directement.
Il est vrai que la version 1.0.x n’était depuis deux ans plus vraiment enrichie. Elle recevait pour
l’essentiel des correctifs de sécurité et quelques petites retouches de code. Mais faire attendre deux
ans la nouvelle version d’un logiciel n’est pas sans risque. Des mauvaises langues ont alors prétendu
que Joomla! était un projet mort. La presse spécialisée n’a pas manqué d’articles incendiaires prétendant
que l’on tenait là un bel exemple de la ruine un projet logiciel prometteur.
Mais la nouvelle version Joomla! 1.5 est vraiment un bon produit. À voir les nombreuses discussions
sur les forums et listes de diffusion, les multiples échanges de courriels et rencontres physiques, il
me semble que l’avenir de Joomla! est devenu plus brillant que jamais.
Sous un certain angle, la migration de la version 1.0.x à la version 1.5.x réclamera des efforts. En
effet les profonds remaniements du code source ne permettent pas de garantir une compatibilité
descendante complète. D’un autre côté, cette nouvelle version permet à Joomla! de faire partie des
systèmes de gestion de contenu de niveau entreprise. Le choix stratégique qui consiste à faire de
Joomla! une boîte de construction (Joomla! Framework) simplifi ant l’ajout de fonctions par les
programmeurs est une décision intelligente qui montrera sa justesse.
Il est dorénavant enfi n possible de choisir parmi plusieurs méthodes d’authentifi cation et de construire
des sites Web multilingues avec une accessibilité améliorée. La création de sites Web composites (mashup) réutilisant les données de plusieurs autres sites devient accessible à Joomla! tout comme
la création de composants à partir d’un environnement de création riche du style Eclipse.
Quant on songe au nombre de membres de la communauté, de développeurs et à la quantité d’installations
actuelles, Joomla! saura sans aucun doute répondre aux attentes dans ces différents domaines.
De nombreux fournisseurs d’accès et hébergeurs proposent déjà Joomla! préinstallé à leur client.
La nouvelle version 1.5 est suffi samment compatible avec la version 1.0.x pour qu’il n’y ait aucun
problème sérieux lors de la migration d’un site pas trop complexe.
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